La cathédrale du Mans, deux cathédrales en une

Une cathédrale est l’un des plus beaux témoignages que la France peut nous offrir sur son histoire. Mêlant religion, vie sociale et politique, elle est un monument imposant qui laisse souvent les fidèles ou les curieux sans voix. Sollicitant le respect, elle reste la preuve du génie et de la sensibilité de nos ancêtres. Elle offre un voyage dans le temps dans une atmosphère qui n’appartient qu’à elle.

La cathédrale du Mans reflète à elle-seule toutes ces preuves qui nous rendent fière de notre passé architectural. Si vous ne la connaissez pas encore, prenez un moment de calme pour la découvrir.

La cathédrale Saint-Julien du Mans a de quoi surprendre lorsque le visiteur entre dans l’édifice. D’abord, il est pris de tournis face à la grandeur du monument. Les 134 mètres de longueur et 52 mètres de largeur nous font sentir tout petits. Le chœur de 34 mètres de hauteur surplombe de 10 mètres la hauteur sous voûte de la nef. Mais une cathédrale est souvent monumentale et ce n’est pas ce sentiment d’être minuscule qui interroge le visiteur. C’est plutôt ce mélange de style tout à fait innovant qui étonne, avec le style gothique du chœur et le style roman dans la nef.

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La cathédrale est aussi grande que l’amour que porte les fidèles au Seigneur.

Au premier abord, ce changement singulier pourrait déplaire à plus d’un. Mais il faut aller plus loin, prendre le recul nécessaire tout en se baladant au milieu des murs froids pour comprendre ce fabuleux mélange qui offre à la cathédrale une originalité tout à fait remarquable !

La cathédrale est dédiée à Saint-Julien, qui vers le IVe siècle, est venu prêcher la bonne nouvelle de Jésus-Christ en région cénomane, l’actuelle département de la Sarthe.
L’histoire de la bâtisse, elle, commence au IXe siècle, lorsque l’évêque Aldric rapporte les ossements de Saint-Julien jusqu’à son tombeau, dans la première cathédrale de la ville du Mans. Avec ces reliques, Saint-Julien devient le Saint-Patron des lieux et remplace Saint-Pierre, Saint-Gervais et Saint-Protais.

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La cathédrale n’est pas sur une place à proprement parlé. Elle est entourée de la vieille ville moyenâgeuse. ©RichardWawrzyniak

Mais la présence d’un menhir de plus de 4,50 mètres sur son flanc ouest prouve que des populations datant de la préhistoire sont aussi passées par là. Le menhir a longtemps été le symbole de religions païennes et l’objet de divers cultes. En ce centre, un trou est devenu le « nombril du Mans » et aurait le pouvoir de rendre féconde. Le visiteur n’a qu’à mettre son doigt à l’intérieur et faire un vœu !

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Le Menhir avec le « nombril du Mans », symbole de fertilité.

La cathédrale d’origine est rénovée sur base de style roman au XIe et XIIe siècles. L’idée vient des évêques Hoël, Arnaud et Vulgrain. Ils veulent apporter un nouvel élan spirituel à l’édifice. Des voûtes sont alors construites de chaque bas-côté de la nef. La voûte, un des symboles de l’art roman, est un ensemble de pierres appuyées les unes sur les autres et soutenues par des murs et des piliers.

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Le style roman rappelle l’Antiquité avec ses grandes colonnades.

Le porche royal offre des similitudes avec celui de la cathédrale de Chartres, construit à la même époque. Le Christ au centre du tympan est couronné par la main de Dieu ainsi que l’agneau pascal, l’agneau de la Résurrection. Les douze apôtres sont placés en-dessous du Christ ainsi que Saint-Paul et Saint-Pierre, de part et d’autre de la porte, qui accueillent les fidèles dans la maison de Dieu. La place de ces deux derniers diverge de Chartres.

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Le tympan de la Cathédrale Saint-Julien, placé sur le côté.

Au XIIe siècle, le style gothique fait son apparition en France et les architectes construisent des cathédrales et des églises toujours plus vastes et plus lumineuses. Leur but ? Se rapprocher le plus possible du Ciel et du Seigneur tout en lui montrant l’amour éternel porté par les fidèles. Les arcs-boutants, nouvelle invention de l’architecture gothique, permettent alors de monter toujours plus haut en supportant le poids des pierres. Ces maçonneries en forme d’arc soutiennent les murs de l’extérieur.
Les fenêtres sont aussi beaucoup plus présentes afin de faire rentrer la lumière divine. Ces ouvertures sur l’extérieur sont rendues possible avec les croisées d’ogive qui, grâce à des arcs croisées au milieu de la voûte, permettent de laisser plus de place sur les murs pour laisser entrer la lumière divine.

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vitrail cathédrale du MansLa lumière est une condition de l’architecture baroque et les vitraux sont un moyen ingénieux de faire entrer les couleurs et la clarté.

Le chœur est construit au XIIIe siècle après que l’évêque du Mans reçoit l’autorisation du roi Philippe Auguste pour agrandir l’ancienne cathédrale, devenue trop petite pour accueillir la foule des fidèles. Il a fallu plusieurs architectes et artisans venus de Paris ou de Normandie pour terminer ce chœur. En tout, trois étapes ont été nécessaires pour arriver au résultat final que nous connaissons aujourd’hui.

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L’autel est baroque avec cette lumière qui rappelle la lumière divine

La première étape est la construction du chevet, c’est-à-dire l’extrémité du chœur d’une cathédrale ou d’une église. Ce chevet est composée de treize chapelles. Il est d’ailleurs  considéré comme l’un des plus beaux de France, grâce à la réalisation des arcs-boutants en « Y renversé » par Jean de Chelles qui travaillait également sur le chantier de la basilique Saint-Denis et de Notre-Dame de Paris. Le deuxième étage et les grandes verrières sont aussi montés dans la foulée.

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Les 13 chapelles sont plus impressionnantes de l’extérieur grâce aux arcs-boutants. ©RichardWawrzyniak

La consécration du chœur se déroule le 20 avril 1254 où tous les fidèles sont appelés pour participer à la dédicace de la cathédrale. Cette cérémonie liturgique pourrait s’apparenter à un baptême, à une consécration d’un bâtiment religieux. L’évêque, après avoir introduit le « Roi de la Gloire » devant la cathédrale, fait le signe de croix dans les airs avec un rameau trempé dans de l’eau bénite. Les portes s’ouvrent solennellement et les fidèles sont invités à entrer dans l’édifice nouvellement sacré.

Les deux dernières étapes concernent le transept gothique, élevé après 40 ans de travail. D’abord vers 1387 où le croisillon sud, un des bras du transept, et la tour sont terminés par les ouvriers. Le manque d’argent fait que ce n’est qu’en 1430 que le croisillon nord est achevé grâce à la participation de plusieurs donateurs dont le roi Charles VI, décédé en 1422. Mais ces dons ne permettent pas aux architectes de changer la nef romane en gothique. Cela n’entrave pourtant rien à l’harmonie de la cathédrale qui propose plusieurs siècles d’histoire avec des témoignages sur différents styles architecturaux. Vous avez devant vous un véritable livre d’histoire à ciel ouvert !

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Sur la petite place se tient souvent un marché qui donne des couleurs au lieu. ©RichardWawrzyniak

La cathédrale a accueilli de nombreuses personnalités. C’est dans cet édifice qu’a eu lieu le mariage de Geoffroy le Bel Plantagenêt, comte du Maine, avec Mathilde, fille du roi d’Angleterre Henri 1er et petite-fille de Guillaume le Conquérant en 1128. Leur fils, Henri II Plantagenêt sera baptisé au même endroit en 1133 et deviendra roi d’Angleterre et un des hommes les plus puissants du XIIe siècle.

Et pour finir par une petite anecdote : Au moment des finitions de la construction de la cathédrale, les ouvriers et maçons ont eu beaucoup de mal à se faire payer et pour se venger, ils ont laissé une sculpture bien particulière : la boule au rat. Une boule avant surmontée d’une croix, symbole de l’Eglise catholique, qui se fait ronger de l’intérieur par les rats, par de la vermine. L’hérésie et le vice rongent l’église et le pouvoir en son intérieur. Les interprétations allant de la représentation d’une religion païenne à la sorcellerie sont diverses et à chacun de se faire son histoire !

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Les rats sortent et entrent de la sphère, traversée de trous. ©RichardWawrzyniak

Sources :
– Voisin, Augustin. Notre-Dame du Mans : ou Cathédrale de Saint-Julien, origine, histoire et description. Paris, Dumoulin, 1866

– Ledru, La cathédrale Saint-Julien du Mans, Article, Revue Critique d’Histoire et de Littérature, Jan 1, 1902, p. 287

– Mariette, Pascal, Grégoire Faulin, et Nicolas Gautier. La cathédrale du Mans: du visible à l’invisible, 2015.

M-B. P

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