Astrologie à la cour : Nostradamus et la prédiction de la mort du roi

L’étude des astres n’a cessé de fasciner les rois et reines à travers l’Histoire, pensant que le mouvement des étoiles et des planètes aurait une incidence sur la politique du royaume. Ainsi le pensait l’intrigante Catherine de Médicis, qui rejoint la cour de François Ier en tant que promise du fils du roi, le futur Henri II.


  Francesco Bianchi Bonavita
, Mariage de Catherine de Médicis avec Henri, duc d’Orléans, vers 1627, © Sotheby’s / akg-images

L’engouement pour l’Antiquité à la cour du roi favorise l’avènement d’une ère où l’astrologie serait intrinsèquement liée à la politique. Il faut savoir que dès le XIVe siècle, un collège d’astrologie et de médecine est créé à la faculté de Paris, avec l’autorisation du roi Charles V lui-même ! Lorsque Catherine arrive en France, elle trouve ainsi un terrain favorable à la lecture de l’avenir dans les étoiles.

La reine s’entoure en effet de nombreux astrologues qu’elle aime consulter régulièrement. Certains d’entre eux, pense-t-elle, sont susceptibles de lui révéler ce que le destin réserve à sa famille. Cela est notamment le cas du célèbre Michel de Nostredame, plus connu sous le nom de Nostradamus…

César de Nostredame, Portrait de son père Nostradamus, vers 1614

Né le 14 décembre 1503 à Saint-Rémy-de-Provence, Nostradamus a un CV assez large : il est à la fois apothicaire, écrivain, mathématicien et poète. Il a cependant marqué l’Histoire pour son aptitude à prédire l’avenir. En effet, Nostradamus est également un astrologue et un médium. Nombres de ses prédictions furent d’ailleurs publiées dans ses Centuries (1555), dont la prédiction de la mort du roi Henri II…

Voici ce qu’on lit à ce sujet dans son œuvre :

« Le lyon jeune le vieux surmontera

En champ bellique par singulier duelle

Dans Cage d’or les yeux luy crèvera

Deux classes une, puis mourir, mors cruelle »

Centurie I, quatrain 35

Or, le roi décède en 1559, à la suite d’un tournoi (ce qui rappelle étrangement le singulier duel dont parlait l’astrologue royal), organisé en l’honneur d’un double mariage. Mais que s’est-il passé concrètement ?

Deux mariages à la cour

Pour sceller la paix établie le 3 avril 1559 entre la France et l’Empire germanique, deux mariages sont célébrés, le 30 juin, dans le cadre du traité de Cateau-Cambrésis : Elisabeth, fille ainée d’Henri et de Catherine, s’unit à Philippe II d’Espagne, tandis que Marguerite, sœur du roi, épouse le duc de Savoie.

Peinture représentant la réconciliation entre la France et l’Espagne, Ecole française, XVIe siècle, conservée au Palazzo Pubblico de Sienne

A l’occasion de ce double mariage sont organisées des festivités durant plusieurs jours, notamment un tournoi au niveau de la rue Saint Antoine. Cet événement, dont les pays limitrophes ont vent, suscite la curiosité de nombreux gentilhommes étrangers qui décident de s’y rendre afin d’y participer, ou encore d’y trouver une jolie demoiselle à impressionner.

Il faut savoir qu’Henri est un grand amateur de sport et aime pratiquer la lutte, la chasse et s’entraîner aux tournois. Grand adepte de romans de chevalerie, il aime également prouver sa bravoure auprès de la belle Diane de Poitiers pour qui son coeur bat.

Ecole de Fontainebleau, Diane de Poitiers en chasseresse, 1550, Musée de la Vénerie, Senlis, © akg-images / Erich Lessing

Ainsi rejoint-il le tournoi en ce jour de fête, portant les couleurs noire et blanche de celle qu’il aime, tandis que Catherine, de son côté, s’inquiète pour son époux.

Après avoir gagné les deux premiers duels, le roi se lance dans un dernier tour. Assis fièrement sur son cheval devant une foule admirative, Henri s’avance et se positionne face à son adversaire, le comte de Montgommery. Tandis que les deux concurrents s’élancent l’un vers l’autre au galop, la lance du comte heurte par inadvertance le visage du roi, traversant son casque et transperçant son œil. Le roi est gravement blessé et la foule, inquiète pour son souverain, accoure auprès de lui pour lui porter secours. Il est aussitôt transporté à la résidence royale, l’Hôtel Tournelle, où s’amassent autour de lui chirurgiens et médecins qui tentent de le sauver. Le médecin attitré du roi, Jean Chapelain, désinfecte la plaie et tente de retirer les éclats de la lance nichés dans l’oeil du monarque. Quant au chirurgien Ambroise Paré, il s’empare de têtes de condamnés à mort et les blesse au niveau de l’oeil, de sorte à reproduire la blessure du roi afin de s’entraîner pour une éventuelle chirurgie.

Jean-Baptiste Edouard Detaille, Scène de tournoi au XVIe siècle, Musée de l’Armée, Paris, Paris – Musée de l’Armée,
© Dist. RMN-Grand Palais / image musée de l’Armée

Leurs efforts sont cependant vain : un abcès s’étant formé quelques jours suivant l’accident, le roi succombe à ses blessures dix jours plus tard, laissant le trône de France entre les mains de son épouse en tant que reine régente.

L’accident du tournoi n’est évidemment pas sans rappeler les mots de Nostradamus : « Dans Cage d’or les yeux luy creuera ». Une bien étrange coïncidence que nous offrent cette prédiction et la mort du roi…


Sources :

Didier le Fur, Henri II, Editions Tallandier, 2009.

Le Grand Atlas des Rois de la Renaissance française, Editions Atlas, 2016.

Myriem Lahidely, Une histoire illustrée de l’astrologie, Editions Ouest-France, 2015.

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