La girafe Médicis

Vous êtes-vous déjà demandé que diable font des girafes sur une dizaine de représentations artistiques à Florence datant de la Renaissance ? Eh bien, moi oui. J’ai alors demandé à l’un de mes professeurs, lorsque j’étudiais dans cette ville, quelle était donc la raison cachée de cette trouvaille exotique.

Fresque de la Chapelle Tornabuoni.jpg

Domenico Ghirlandaio, Fresque dans la chapelle Tornabuoni de l’église Santa Maria Novella, entre 1485 et 1490, Florence

Et j’ai bien fait de lui poser la question puisque la réponse fut à la fois intéressante et amusante. Ça  valait le coup de la partager dans les « Pépites à découvrir » !

En 1486, le sultan d’Egypte, al-Ashraf Qaitbay offrit à Lorenzo de Médicis une girafe, communément appelée depuis « La girafe Médicis », afin de solidifier leurs rapports diplomatiques. Un cadeau bien singulier me direz-vous. Ce n’est certainement pas uniquement pour la surprenante grandeur de cet animal qu’il choisit ce présent, bien que l’on pourrait tout à fait penser qu’il s’agisse là d’un rappel de la magnificence du pouvoir Médicis. En réalité, la girafe est un animal symbolique lié à Jules César ; à la suite de sa victoire à la bataille de Thapsus en Tunisie, le 6 avril 46 av J-C, le général romain ramena avec lui à Rome la première girafe qu’a connue l’Europe. Et comme toujours et pour tout, la Renaissance s’inspire de l’Antiquité. La girafe apparait donc comme un présent à la hauteur de son nouveau propriétaire! Hélas, la girafe Médicis mourut rapidement en raison des conditions climatiques de Florence qui n’étaient évidemment pas adaptées à ce mammifère.

Andrea del Sarto adoration des mages.jpg

Andrea del Sarto, Voyage des  Mages (sur la colline à droite), 1511, église de l’Annonziata (Florence)

Il est cependant pertinent de souligner que ce genre de cadeau diplomatique étant fréquent, Laurent le Magnifique ne fut pas le seul à recevoir un tel présent d’un représentant du monde arabe ; au XIIIe siècle, la présence d’une girafe est attestée à la cour de Frédéric II, roi de Prusse et empereur du Saint Empire romain germanique, ainsi qu’à la cour de son fils, Manfred, en 1262. Le roi d’Espagne, Alphonse le Sage, en posséda une également en 1262.

Gathering of Manna, Francesco.jpg

Francesco Bacchiacca, La récolte de la manne, 1540, National Gallery of Art ( Washington )

 

Vasari, palazzo Vecchio

Giorgio Vasari et Marco da Faenza, Les ambassadeurs présentant leurs hommages à Laurent le Magnifique, vers 1556-1558, plafond de la chambre de Lorenzo le Magnifique au Palazzo Vecchio (Florence)

 

Si le mot italien « giraffa » date du XIIIe siècle- coïncidant certainement avec l’arrivée de cet animal à la cour de Frédéric II-, les représentations artistiques de la girafe sont bien antérieures à la Renaissance et au Moyen-Âge. Elles datent en effet de l’Antiquité. A titre d’exemple, nous pourrions citer la mosaïque présentant une girafe dans l’église byzantine de Pétra, en Jordanie, que vous voyez ci-dessous:

Girafe, mosaïque de l’église Byzantine de Pétra.jpg

Nous pourrions pareillement citer la fresque de ce tombeau égyptien :

fresque présentant une girafe sur une tombe égyptienne datant du XIVe siècle avant J.-C.jpg

La girafe, bien que parfois louée pour sa douceur et sa grandeur, représente ainsi la puissance et la majestuosité, ce qui explique la présence de cet animal dans de nombreuses œuvres artistiques à travers l’Histoire. Si ce sujet vous intéresse, je vous recommande la brève lecture du travail de recherche de  Pierre-Louis Gatier sur Les Girafes de l’empereur.

F.A 

 

 

 

 

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