Nike et l’héritage des athlètes de l’Antiquité grecque : une odyssée historique dans le marketing moderne

Depuis sa genèse, Nike a transcendé le simple rôle d’une entreprise de vêtements de sport pour devenir une icône mondiale. Elle a su puiser son inspiration dans les prouesses des athlètes grecs de l’Antiquité, créant ainsi une savante fusion de l’histoire ancienne avec la vision moderne de la réussite sportive. C’est là que réside la magie de Nike, pour laquelle la déesse Niké, symbole de la victoire, continue d’insuffler des triomphes.

Les compétitions étaient le terrain où les exploits d’un homme le transforment en héros et lui octroient une gloire éternelle. Rien que ça…

Mais après tout, ce n’est pas si étonnant que ça quand on pense que les Jeux Olympiques, créés en 776 avant notre ère dans la Grèce antique, étaient dédiés aux dieux, et en particulier au dieu des dieux : Zeus. Etre sportif n’était donc pas une tâche facile. En effet, la vie d’un athlète grec était caractérisée par un entraînement stricte, sous la tutelle de maîtres réputés. Et en prime, ils suivaient un régime particulier et s’entraînaient nus pour assurer une meilleure souplesse et mobilité (oui c’était une autre époque). L’objectif ultime était d’atteindre l’ « arété » : il s’agit, selon les Grecs, de la quête de la perfection dans tous les aspects de la vie, et les Jeux Olympiques fournissaient une arène parfaite pour cette recherche constante d’excellence.

Petite pause pour vous rappeler les entraînements déments des Spartiates et de leurs hoplites (soldats d’infanterie) : si vous n’avez pas encore lu l’article, c’est par ici 😉


Coupe représentant un lanceur de disque dans la palestre (lieu public où les athlètes s’entrainaient), (C) GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Christian Larrieu
Vase représentant un jeune athlète dans la palestre (lieu public où les athlètes s’entrainaient), Ve siècle av. J.-C., (C) BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Johannes Laurentius

Cette quête de la perfection passe par une harmonie du corps et de l’esprit : Les athlètes étaient considérés comme des héros incarnant la « kalokagathia ». Cette notion représente l’idée selon laquelle la beauté est recherchée à la fois au niveau du physique et de la morale. Vous vous souvenez certainement de vos cours de philo du lycée, où on nous expliquait que pour les Grecs antiques, le beau= le bien. Les sportifs grecs étaient donc admirés non seulement pour leurs capacités physiques, mais aussi pour leurs qualités morales et intellectuelles. La victoire dans les jeux était ainsi considérée comme une récompense pour l’individu capable d’atteindre un équilibre entre la force physique et la sagesse d’esprit.


Les athlètes grecs vainqueurs aux Jeux Olympiques antiques étaient couronnés une couronne tressée de feuilles d’olivier, également appelée « kotinos ». Cette récompense symbolisait la paix, la victoire et l’honneur et était considérée comme un honneur divin et une marque d’immortalité pour l’athlète. Celui-ci incarne ainsi un idéal où l’expression physique, la compétition saine, et la quête de l’excellence étaient élevées au rang de vertus sacrées.


Maintenant que nous en savons plus sur les athlètes grecs, nous pouvons en revenir à l’entreprise américaine Nike, qui a su habilement s’appuyer sur le caractère sacré du sport de la Grèce antique pour constituer son ADN…

Discobole, Ve siècle av. J.-C., (C) The British Museum, Londres, Dist. GrandPalaisRmn / The Trustees of the British Museum

L’histoire de Nike est un récit captivant qui s’étend sur plus de quatre décennies. Avant de se transformer en une épopée mondiale de la réussite et de l’innovation, la marque fait ses débuts dans l’Oregon, aux Etats-Unis, Tout commence en 1957, lorsque se rencontrent Bill Bowerman, alors entraîneur d’athlétisme, et Phil Knight, étudiant à la Stanford Business School et l’un des athlètes de course à pieds entrainés par Bowerman. Tandis que celui-ci constate que les chaussures de ses athlètes sont inadaptées, Phil Knight rédige un mémoire sur la marque allemande Adidas. Ayant ainsi tous deux une appréciation pratique et économique des chaussures des sportifs, ils décident de fonder ensemble la Blue Ribbon Sports (BRS), sous-traitant sa production à la Onitsuka Tiger, au Japon. Sur la base de calculs, conjuguant la distance et le poids que portent aux pieds les coureurs, Bowerman confectionne en 1971 des chaussures de courses innovantes, permettant de réduire le poids porté par le sportif. S’ensuit la création de la marque Nike, visant à fournir des chaussures conjuguant performance et confort. Nike a elle-même repoussé les limites de l’innovation avec des technologies, telles que leur innovation iconique Nike Air, introduite en 1979, qui a révolutionné l’industrie des chaussures de sport, mais aussi Nike zoom, le système d’amorti innovant pour plus de vitesse, ou encore Nike React, leur mousse conçue pour plus de souplesse. Nike porte ainsi dans son ADN une vision audacieuse : équiper les athlètes du monde pour leur permettre de se dépasser et de s’accomplir dans le sport. Cette vision fait bien sûr écho à la mentalité des athlètes grecs qui cherchaient constamment à surpasser leurs limites.

Athlètes à l’entrainement, Vers 490-480 avant J.C., (C) The British Museum, Londres, Dist. GrandPalaisRmn / The Trustees of the British Museum

Si on se penche sur le logo de cette entreprise, cette inspiration historique est on ne peut plus explicite. Le logo, appelé communément « Swoosh », a été conçu par Carolyn Davidson en 1971 (pour 35 dollars). Carolyn est alors étudiante à l’Université d’Etat de Portland et y apprend le graphisme. C’est lors d’un cours de comptabilité qu’elle fait la connaissance de Philip Knight, qui enseignait à l’époque à l’université pour arrondir ses fins de mois. Pour en revenir au logo, celui-ci représente une aile, évoquant l’aile de la déesse Niké, précédemment citée. Cette image représente le mouvement, la vitesse, et bien sûr la victoire, soit des éléments essentiels dans le monde des sportifs. Voilà de quoi créer un logo visuellement simple, mais culturellement riche.

Nike a donc su jouer sur le puissant réservoir de symboles qu’offre l’héritage grec pour véhiculer les valeurs d’excellence, de triomphe éternel et de dépassement de soi. Cela passe également par le biais des campagnes publicitaires de la marque, telle que « Just Do It » (1988) qui a mis en lumière les athlètes qui repoussent leurs limites, évoquant ainsi l’esprit compétitif des jeux antiques. Les récits puissants et les visuels percutants renforcent l’idée que chacun, comme les anciens athlètes grecs, peut atteindre l’excellence, grâce aux chaussures Nike. Ces dernières apparaissent ainsi comme des parties indispensables de la panoplie du héros antique. On peut également noter les aphorismes présentés par Nike dans ses boutiques qui véhiculent les idées de dépassement de soi aussi bien que les images : le fameux « Just Do It », mais aussi « You Are Your Own Limit », « There Is No Finish Line », « Victory Is Yours »… que de mantras pour se sentir dans la peau d’un athlète prêt à conquérir le stade !

Au logo et aux campagnes publicitaires peuvent enfin être ajoutées les collaborations de Nike avec des athlètes de haut niveau : la marque a en effet établi des partenariats avec des sportifs mondialement connus, créant des lignes de produits qui reflètent la personnalité et les performances exceptionnelles de ces héros modernes. En s’associant à des ambassadeurs tels que LeBron James, Michael Jordan, Serena Williams, Rafael Nadal, Cristiano Ronaldo et Kilian Mbappé, Nike continue de célébrer l’esprit athlétique et l’inspiration qui transcendent les époques.


Amphore panathénaïque, Ive siècle av. J.-C., (C) The British Museum, Londres, Dist. GrandPalaisRmn / The Trustees of the British Museum

Nike s’est donc appuyée sur l’Antiquité grecque pour créer une marque forte qui révolutionna le monde des marques sportives grâce à l’innovation. Comme quoi s’inspirer du passé ne nous fige pas dans une époque donnée. Cela peut ouvrir la voie à des marques révolutionnaires et à des des produits disruptifs. La marque a réussi à tisser une toile narrative qui relie le passé et le présent, créant une connexion émotionnelle avec les consommateurs. En puisant dans l’héritage riche de la Grèce antique, Nike continue de motiver et d’équiper les athlètes du monde entier pour qu’ils réalisent leurs rêves, tout en honorant la tradition de l’excellence qui remonte à des millénaires. Ainsi, la fusion entre l’histoire et le marketing de Nike offre une perspective fascinante sur la manière dont une marque moderne peut tirer une inspiration éternelle des exploits des athlètes grecs…

Pour en savoir plus sur le processus créatif des marques, notamment de sport, je vous recommande cet ouvrage :

Patrick Bouchet, Dieter Hillairet, Marques de sport. Approches marketing et stratégiques, De Boeck Supérieur, 2009.

Daniel Bô, Matthieu Guével, Brand Culture. La cohérence des marques en question, Dunod, 2019.

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