Les ruines antiques de Baalbek, un des joyaux du Moyen-Orient

Au creux de deux chaînes de montagnes libanaises rayonne la ville de Baalbek, véritable trésor de la plaine de la Bekaa. Également appelée « Heliopolis » (c’est-à-dire “ville du soleil”), cette cité est aux croisements de différentes civilisations, des Phéniciens aux Arabes, en passant par les Grecs, Romains et Ottomans. C’est vous dire la particularité de ce site archéologique, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

En pénétrant au sein de cet ensemble architectural, un sentiment d’absolu s’empare de nous, comme si nous ressentions le poids de son importance religieuse pour les différentes civilisations qui y ont posé leurs marques. Un sentiment accompagné d’une subite et vertigineuse sensation d’être insignifiant face à de telles réalisations sacrées. « Mais comment des hommes il y a deux-mille ans ont-ils pu réaliser un tel chef-d’œuvre ? », voilà la question que chaque visiteur doit se poser face à ces temples (s’il n’a pas le soleil dans les yeux). Moi, en tout cas, je me la suis posée. Et à croire certains historiens et quelques habitants de Baalbek, la réponse serait plus complexe qu’on pourrait le croire… Ne perdons donc pas plus de temps : au crépuscule du soleil et bénis par un vent doux et frais, je vous emmène à la découverte de ce site fabuleux pour tenter de lever le voile sur son mystère ! 

Son histoire

Il faut savoir que Baalbek, comme l’ensemble du Liban, a vu se succéder de nombreuses civilisations dont la première est la civilisation phénicienne. Installés dans les villes côtières tels que Tripoli, Byblos, Sidon et Tyr, les Phéniciens sont connus pour avoir été de véritables marchands, à l’affut de nouvelles terres à découvrir. La fondation de Carthage est d’ailleurs une belle illustration de leur rayonnement au-delà de leur territoire.

Ce territoire occupe par ailleurs une situation stratégique ; elle se trouve en effet au carrefour de l’Egypte, la Mésopotamie, l’Anatolie et le monde égéen. Il est alors aisé d’imaginer tous les échanges commerciaux qui ont dû passer par le littoral syro-libanais. Et puis, il faut rappeler l’importance de l’actuel Liban et de ses forêts de cèdres qui attiraient le regard de ses pays voisins.  

Bien que prospère, les cités phéniciennes perdent cependant leur indépendance au bout de trois siècles, tombant successivement entre les mains des Assyriens, des Babyloniens et des Perses. Mais c’est sous la domination d’Alexandre le Grand que la civilisation phénicienne s’éteint réellement, se fondant dans la culture hellénistique dont elle est empreinte depuis que le conquérant macédonien s’est emparé de la ville de Tyr en -332.

Deux siècles plus tard entre en scène Pompée, le célèbre adversaire de César qui, en -64, fait de la Syrie une province romaine. La Syrie et l’actuelle ville de Baalbeck passent donc des mains des Grecs aux mains des Romains sous le nom de Colonia Julia Augusta Felix, d’après le nom de la fille de Jules César.

Petit funfact : Marc-Antoine offre la ville de Baalbek en cadeau à la séduisante Cléopâtre…

En -30, l’empereur Auguste réalise cependant que Baalbek peut être un centre important de diffusion de la culture romaine grâce à sa situation géographique surplombant les routes commerciales de l’époque et l’importance de son centre religieux inégalable.

Vers le Ier siècle av. J.-C., l’empereur transforme ainsi le site, entamant la construction de temples en l’honneur de trois dieux romains.


La triade divine


Le Temple de Bacchus

L’un des joyaux de Baalbek est le majestueux Temple de Bacchus, dédié au dieu du vin. Construit vers le IIe siècle ap. J.-C., ce temple est une prouesse architecturale, avec ses colonnes imposantes et ses détails sculpturaux soigneusement réalisés, témoignant du talent des artisans romains. Il s’agit du temple le mieux conservé du site.

Admirez ce temple majestueux de l’extérieur, illuminé par les derniers rayons du soleil…

Et voilà le temple de l’intérieur. Avec ses colonnes finement travaillées, on se rend compte de la précision et du souci du détail du génie romain !

Le Temple de Jupiter

Parlons maintenant du Temple de Jupiter, autrefois dédié au dieu Baal. Considéré comme l’un des plus grands sanctuaires du monde antique, ce temple reste partiellement debout malgré les ravages du temps.

Erigé entre le Ier siècle av. J.-C. et le IIe siècle ap. J.-C., les gigantesques colonnes de ce temple évoquent l’immensité du pouvoir romain : avec ses 106m x 69m, les dimensions de l’édifice sont en effet magistrales (2 fois plus grand que le Parthénon d’Athènes, oui Monsieur). Aujourd’hui, seules 6 des 54 colonnes ont survécu aux dégâts du temps, causés par les batailles et tremblements de terre qui frappèrent la région.  Mais ses colonnes monumentales et les vestiges de ses murs témoignent de sa grandeur passée.

Pierre du Temple de Jupiter présentant une tête de lion

Temple de Vénus

A l’extérieur du complexe architectural se trouve enfin le Temple de Vénus, dédié à la déesse de l’amour. Datant également du IIe siècle après notre ère, Ce lieu de culte est plus modeste en taille que les deux autres mais demeure impressionnant par sa signification dans le panthéon romain.


Baalbek n’était donc pas n’importe quel centre religieux antique. Il devint en effet un lieu de culte majeur de l’Empire romain d’Orient. À la suite de l’adoption du christianisme comme religion officielle de l’empire, Baalbek subit des transformations pour se conformer à cette nouvelle foi, voyant l’ajout d’églises et de structures chrétiennes juxtaposées aux anciens temples païens.

Au Moyen Âge, Baalbek est témoin de l’occupation du territoire par diverses civilisations, des Arabes aux Croisés, qui en font une citadelle. Le site est par la suite sujet à des destructions lors de conflits et de tremblements de terre. Malgré cela, les ruines ont survécu et continuent d’éblouir les visiteurs venus des quatre coins du monde !


Les mystères autour de cette construction


La construction de ces temples monumentaux soulève encore des questions sur la manière dont de tels édifices ont été érigés. Je veux dire, sérieusement, comment diable ont-ils réussi à construire de telles structures massives à une époque où la technologie semblait plutôt limitée ? Les dimensions hors normes de ces blocs de pierre, dont certains pèsent des centaines de tonnes, nous mettent vraiment à l’épreuve. D’ailleurs, les pierres utilisées dans la construction sont, à nos jours, les plus grosses mégalithes jamais taillées et utilisées dans des constructions. Et ce, dans le monde entier ! Les dimensions colossales de ces pierres font même naître des théories audacieuses selon lesquelles ces temples auraient été érigés par des géants ou des extraterrestres… En effet, nous ne parvenons toujours pas à comprendre comment ces pierres ont été soigneusement taillées dans la roche locale, transportées et empilées les unes sur les autres. La construction de ce site demeure ainsi un véritable mystère… Aliens ou bricoleurs géants ? Qui sait ?

Et pour finir, voici une brève description de deux autres espaces du site : La cour Hexagonale & La Grande Cour.

La Cour Hexagonale

A l’entrée du complexe architectural, nous tombons sur la Cour hexagonale, bâtie au IIIe siècle de notre ère.

Cette cour hexagonale, de 62 mètres de diamètre, est entourée par une colonnade impressionnante, composée de colonnes de granit massives. Ces colonnes, certaines encore partiellement debouts, témoignent de la grandeur et de l’ingénierie exceptionnelle de l’époque romaine. Elles atteignent des hauteurs considérables et sont richement décorées avec des détails architecturaux complexes.

Petite vidéo ci-dessous pour vous montrer la belle Cour !

Détails de la Grande Cour

Après avoir arpenté la Cour Hexagonale, le visiteur tombe sur la Grande Cour que nous devons traverser pour accéder aux Temples de Bacchus et Jupiter.

La Grande Cour mesure 135 x 113 mètres et comportait en son centre un autel pour les sacrifices. Elle comprend, aujourd’hui encore, un bassin qui présente des ornements floraux et des créatures mythologiques, à l’instar des sirènes.

7 commentaires sur « Les ruines antiques de Baalbek, un des joyaux du Moyen-Orient »

      1. Bonjour Farah Achhab, Je vous ai envoyé un commentaire il y a 10mn. L’avez-vous reçu…??
        MACoupel

  1. Bonjour Farah Achhab, j’ai beaucoup apprécié votre ouvrage qui présente les belles ruines de Baalbeck. Je n’ai pas pu m’empêcher de me replonger dans mes souvenirs d’enfance…les jeux et les courses entre les pierres et les noyers…l’hôtel Palmyre etc…et la joie d’accompagner mon père, Pierre Coupel, architecte-archéologue qui dirigeait les fouilles avec son maître de chantier, M. Farah. Ce sont les Monuments Historiques de France (représentés par Henri Szeyrig) qui ont chargé mon père de la reconstruction du Temple de Baal et des fameuses colonnes dans les années ’50. Plus tard l’inoubliable Herbert Von Karajan s’y est produit au Festival de Musique… Heureusement ce sublime lieu de l’Antiquité Greco-Romaine a survécu aux tristes événements des guerres au Liban. Il faut dire que mon père avait fait installer des barres métalliques pour soutenir l’immensité et stabiliser ces blocs de pierres si mystérieusement érigées depuis l’antiquité…

    1. Bonjour Marie Ange Jacqueline Coupel,
      Je vous remercie pour votre message. Je suis ravie que cet article vous ait plu et vous ait replongé dans les souvenirs de votre enfance. J’aurais adoré me balader comme vous dans ce site à cette époque et assister à la reconstruction de ses temples. Merci infiniment à votre père pour son travail qui a permis de faire perdurer un site qui a deux milles ans d’histoire…

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