Hedy Lamarr, la belle et le Wi-fi

Celle dont vous allez faire maintenant la connaissance ne vous laissera sûrement pas indifférent. Tant par son charme, son histoire et son intelligence. J’ai moi-même cru à une blague lorsque j’ai entendu pour la première fois la vie de celle qui fut considérée comme la plus belle femme du monde. Sa vie, aussi extraordinaire qu’elle puisse être, est tapissée de génie, de succès, de beauté et d’une pointe de magie perdue qui accompagne toutes les actrices hollywoodiennes. Mais Hedy Lamarr fait partie de ces femmes qui ont fait de leur vie une œuvre d’art, aussi belle et mystérieuse à la fois. Je ne vais pas seulement vous parler de sa beauté mystique ou encore de ses innombrables amants. Non non, vous n’y êtes pas.  Hedy Lamarr est aussi l’inventrice à l’origine du GPS, ou encore du WI-FI. Rien que ça.

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Hedy Lamarr @wikipediacommons

Avant de vous dévoiler toute la vérité sur cette déesse scientifique, laissez-moi d’abord vous conter son histoire.

Née en 1914 en Ukraine d’un banquier ukrainien et d’une pianiste hongroise, la jeune Hedy Lamarr profite de la bonne situation de ses parents pour apprendre plusieurs langues et se sensibiliser à l’ingénierie. Recevant de nombreux compliments sur sa beauté, elle décide de l’exploiter et délaisse les études. Elle quitte ses parents à 16 ans et se rend à Vienne pour essayer la carrière de comédienne. Elle entre aux studios Sascha de la capitale grâce à l’aide de son compatriote et metteur en scène Georg Jacoby. Elle débute dans le monde du cinéma muet. Il faudra attendre 1933 à Berlin pour que la jeune femme connaisse véritablement le succès avec le film Extase de Gustav Machaty. En ayant à peine 20 ans, Hedy Lamarr joue une épouse délaissée par son mari et qui prend un amant. Elle devient ainsi la première actrice de l’histoire du cinéma à jouer dans un film entièrement nue et même, à simuler un orgasme. Sympa comme anecdote à sortir lors d’un dîner mondain !

Le film est présenté à la Biennale de Venise et fait tout de suite scandale. Condamné par le pape Pie XII, le film propulse Hedy Lamarr sur le devant de la scène. Certes, les critiques ne sont pas douces avec le film mais au moins, les gens en parlent. Dans la foulée, la beauté si pure et pourtant si froide de l’actrice n’a pas laissé les foules indifférentes. Friedrich Mandl, un des plus grands trafiquants d’armes autrichien, fasciste et qui par-dessus tout fréquentait Mussolini et Hitler, propose à Hedy Lamarr de l’épouser. Celle-ci accepte et, par la suite, tournera dans une dizaine de pièces de théâtre et de films. Mais l’attitude séductrice de sa femme qui, d’après le metteur en scène Max Reinhart, est « la plus belle fille du monde », rend fou le trafiquant d’arme. Il l’interdit donc de tourner des films.

La suite est digne d’un film hollywoodien. N’en pouvant plus de ce mari possessif, Hedy Lamaar aurait drogué le gardien qui était chargé de la surveiller et se serait déguisée avec ses vêtements pour s’enfuir incognito. Elle s’échappe ainsi de l’Europe où être juive comme elle n’était pas la meilleure des situations. Elle se rend d’abord en Suisse où elle côtoiera des noms célèbres comme Billy Wilder, la star de la Paramount ou encore l’écrivain Erich Maria Remarque. Bien remise de son premier mariage foireux, elle aura d’ailleurs une relation amoureuse avec ce dernier. Sa fuite se soldera par cinq ans d’absence sur les écrans. Mais la montée du fascisme la pousse à rejoindre les USA en empruntant Le Normandie qui traversait l’Atlantique en plusieurs jours. Sur ce bateau, la chance semble enfin lui sourire et elle fait la rencontre du producteur Louis B. Mayer. Elle essaye par tous les moyens de le convaincre de l’engager mais celui-ci refuse plusieurs fois jusqu’à accepter devant l’obstination de l’actrice. Elle obtient ainsi un contrat d’exclusivité de 7 ans à la Metro Goldwin Mayer, le plus grand studio de cinéma au monde à l’époque. Sur le même bateau, le chanteur Cole Porter aurait même écrit une chanson sur la belle jeune femme.

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Sigrid Gurie, Charles Boyer et Hedy Lamarr dans le film « Casbah » de John Cromwell en 1938 ©wikipediacommons

La vie d’actrice hollywoodienne peut enfin commencer ! Installée dans la ville des acteurs, le public la retrouve dans une quinzaine de longs-métrages. Elle joue aux côtés des plus grands comme Spenser Tracy ou encore John Wayne. Sa consécration est datée vers 1949 avec la sortie du film Sanson et Dalila de Cecil B. DeMille, inspiré du passage du Livre des Juges dans la Bible. Paradoxalement, c’est aussi le film qui conférera à l’actrice son image de femme fatale avec un cœur de pierre. Hedy Lamarr est rapidement promue « révélation » et reçoit la plupart du temps de bonnes critiques. Elle arrive même à faire de l’ombre à Marlène Dietrich qui refuse un rôle dans le mélodrame Carrefours de Paul Henreid pour éviter de se retrouver au second plan derrière Hedy Lamarr.

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« Sanson et Dalila » de Cecil B. DeMille ©wikipediacommons

De nombreux magazines la consacrent alors comme la plus belle femme du monde et Hedy Lamarr est bien décidée à profiter de cette beauté éphémère. Elle aura en tout 6 mariage, tous plus courts les uns que les autres. Peut-être est-ce sa multitude d’amants qui n’a pas arrangé la chose. Et des amants célèbres, en plus. John Kennedy, Robert Capa, Orson Welles, Charlie Chaplin ou encore Clark Gable allongent la liste des conquêtes de cette femme qui se dit « accro au sexe ».

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Judy Garland, Hedy Lamarr and Lana Turner dans « La Danseuse des Folies Ziegfeld » de Robert Z. Leonard en 1941 ©flickr

Comme toutes les femmes accédant à la gloire d’Hollywood, la redescente est souvent violente. Sa fin de vie ressemble étrangement au film de 1950, Sunset Boulevard où la grande Norma Desmond se laisse dépérir après sa gloire déchue dans le cinéma muet. Le dernier film d’Hedy Lamarr, Femmes devant le désir, tourné en 1957 est un échec. La suite n’est pas fameuse. Malgré une étoile sur Hollywood Boulevard, elle tente de retrouver l’amour perdu de ses fans en publiant un livre de souvenirs érotiques. Nouvel échec, le public est choqué. Elle y reconnaît son addiction au sexe et avoue : « C’est une malédiction pour une femme d’avoir trop de besoins. » Ne pouvant supporter la perte de sa beauté magnétique, elle abuse de la chirurgie esthétique et se fera même plus tard arrêter plusieurs fois pour vol à l’étalage. Comment passer d’un extrême à l’autre en une vie ? Elle s’éteint à 85 ans dans la misère, seule et oubliée de tous.
Fun fact: le seul prix qu’elle ait reçu lors de sa carrière d’actrice est le Golden Apple Award qui récompense l’actrice la plus pénible sur les tournages.

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James Stewart Hedy Lamarr dans Come Live With Me en 1941 de Clarence Brown ©wikipediacommons

Bon pour l’instant, cette vie riche en rebondissement n’est pas aussi exceptionnelle que prévu. C’est presque une histoire commune à toutes les grandes actrices du cinéma hollywoodien. Oui mais voilà, Hedy Lamarr n’est pas une actrice comme les autres. Je vous l’ai déjà dévoilé et vous avez envie de le crier haut et fort mais rappelons-le encore une fois : Hedy Lamarr est bien plus qu’une actrice, elle est aussi l’inventrice qui a permis l’élaboration du WI-FI !

Retour en 1941 où l’actrice, familière des sciences grâce à son père et soucieuse de soutenir l’effort de guerre, met au point un système de communication applicable aux torpilles radioguidées. Dit comme ça, ça peut faire peur. Son invention permet à l’émetteur-récepteur de la torpille de changer de fréquence et ainsi devenir invisible et surprendre l’ennemi. L’armement n’est pas inconnue pour elle, qui, rappelons le, était marier à un des plus grands trafiquants d’armes d’Europe. Elle s’aide de George Antheil, inventeur-musicien qui avait déjà fait des miracles avec son Ballet Mécanique de 1924, une musique écrite pour seize pianos. La synchronisation d’un nombre important d’instruments de musique et l’organisation de sauts de notes pousse le compositeur à inscrire ses partitions sur des rouleaux de papiers musiques miniatures sous forme de système de cryptage. Hedy Lamarr a alors l’idée d’appliquer ce codage à l’armée. La technique mise en place par les deux artistes est l’étalement de spectre par saut de fréquence (à tes souhaits) qui permet aujourd’hui la méthode de transmission utilisée dans la technologie du Wi-Fi, de la géolocalisation, de la téléphonie mobile ou encore du Bluetooth, rien que ça. En gros, les signaux transmis par des ondes radios se retrouvent alternativement sur plusieurs canaux dans une bande de fréquence distincte afin d’embrouiller l’ennemi.

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Hedy Lamarr dans le film « Déshonoré » de Robert Stevenson en 1947 ©wikipediacommons

Cependant, leur invention arrive trop tôt dans un monde peu enclin à croire des artistes sortis de nulle part. Le système est proposé mais ne convainc pas et est rangé Top secret, sans avoir la chance d’être testé. Ce n’est que dans les années 60, lors de la Guerre Froide, que leur invention sera sortie des archives. En pleine crise des missiles de Cuba, le procédé remporte un franc succès. Le brevet est déclassifié dans les années 1980 et les entreprises privées comprennent tout de suite le potentiel de cette découverte. Le procédé Lamarr se retrouve encore aujourd’hui dans le positionnement par satellites, les liaisons chiffrées militaires ou encore les communications des navettes spatiales avec le sol. L’actrice sera prisée en 1997 avec le prix des pionniers de la Fondation américaine pour l’électronique. Ce n’est seulement qu’en 2014 qu’elle sera admise au National Inventors Hall of Fame, qui regroupe et récompense les inventeurs américains considérés comme les plus grands.

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Hedy Lamarr ©wikipediacommons

Mais fidèle à elle-même et à ses convictions peu catholiques, Hedy Lamarr n’a jamais perdu le nord. Après qu’une journaliste de Vanity Fair lui ait demandé comment est ce qu’elle voulait mourir, elle répondit avec son entrain habituel : « Après avoir fait l’amour ! » Et pourquoi pas ?

M-B. P.

 

Ps: Si vous voulez en savoir plus et peut-être même mettre une voix et des mouvements sur cette femme haute en couleur, n’hésitez pas à regarder le documentaire Hedy Lamarr : From Extase to Wi-FI d’Alexandra Dean !

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