Seeland de Robert Walser

J’aimerais aujourd’hui vous parler d’un recueil en prose paru en 1920 aux éditions Rasher à Zurich. Il s’agit de Seeland de Robert Walser. J’ai acheté ce livre sans véritablement savoir de quoi il parlait et je ne connaissais pas non plus l’auteur.                                                                                        Alors que je déambulais au salon du livre, des étoiles plein les yeux, je me suis retrouvée face au stand des éditions Zoé. Lorsque j’ai vu la photographie illustrant la première de couverture, amoureuse que je suis des grands espaces et de la nature,  je me suis emparée du livre. Sur la quatrième de couverture, on pouvait lire cette citation qui m’a conquise : « Être romantique ne signifie rien d’autre, peut -être que d’avoir le don de se laisser charmer par les beautés de la vie et par l’immensité du monde, de ressentir l’amour du visible, et de voir, à côté du visible, également l’invisible ». Pas la peine de vous dire que Seeland occupe aujourd’hui une place de choix dans ma bibliothèque !

Commençons par quelques repères biographiques. Né en 1878 à Bienne en Suisse, Robert Walser s’installe à Berlin en 1906 où il commence sa carrière littéraire. En deux ans il publie trois romans : Les enfants de Tanner, le Commis et l’Institut Benjamenta. Alors que son frère est considéré comme un brillant peintre-décorateur, Walser est lu et admiré par ses pairs notamment par Hermann Hesse ou le jeune Kafka. Cependant, il s’intègre difficilement au monde culturel de la ville et reste à l’écart des milieux littéraires. Il décide finalement de quitter Berlin en 1913 pour s’installer dans sa ville natale. Il s’y tient encore à l’écart du monde littéraire, mais continue à écrire et avec un réel bonheur car il s’adonne à de longues promenades dans la nature. Plusieurs recueils paraissent pendant cette période de 7 ans, dont Seeland. En 1929, suite à une grave crise psychique, il est interné dans un asile qu’il ne quittera pas avant son décès qui survint en 1956. On raconte qu’il est mort alors qu’il partait pour une dernière longue ballade. 

Robert Walser

Le recueil Seeland est un ensemble de six nouvelles. Le titre correspond au nom de la région dite aussi des « trois lacs » en Suisse. « Seeland… il y a dans ce mot quelque chose de magique. Seeland, ce peut être partout, en Australie, en Hollande ou ailleurs » disait Walser. La nature et le paysage sont au centre du livre et c’est ce qui m’a plu au premier abord. L’auteur se promène tranquillement et décrit ce qu’il voit. Un rien le surprend, il peut s’extasier face à une petite maison comme face à un arbre ou à une vieille dame qui passe dans la rue. Se dégage de cette lecture une simplicité désarmante, une joie qu’on pourrait penser naïve. Pourtant, il ne se contente pas d’observer, il imagine, il rêve ; il réfléchit aussi. La promenade est en fait le lieu qui va l’ouvrir à l’abstraction. Elle apparaît comme une façon d’être au monde pour l’auteur qui puise son inspiration dans ces errances. C’est la figure du poète marcheur, tel Rousseau dans ses Rêveries ou Thoreau dans Walden. Pour autant, cette allégresse face au monde peut parfois laisser percer des notes d’inquiétude, de gravité. Le narrateur et l’auteur se confonde, la première personne est systématiquement utilisée, et une interaction directe se fait avec le lecteur. Il y a une liberté de ton. Dans « La promenade », l’auteur parle franchement de son procédé d’écriture, parle avec ironie de lui, de ses manies, il fait preuve d’une grande perspicacité sur lui-même.

Le recueil est ainsi l’occasion pour lui de parler du travail et de la condition d’écrivain. Il rappelle sans cesse le caractère précaire de sa condition de poète. Lui qui fait le « commerce de petites proses » pour survivre est souvent considéré comme un paresseux qui ne passe ses journées qu’à se promener. Il tire tout de même une certaine fierté à être comme il est. Il considère que la gloire est incompatible avec l’isolement, le refus des mondanités et la pauvreté que le poète doit revêtir pour écrire authentiquement sur le monde. La vie quotidienne et l’écriture littéraire sont étroitement liées pour Walser, son écriture est ouverte à « l’imprévu » qu’il recherche dans ses promenades. La simplicité, la bonté et la joie dans les petites choses traversent le recueil. Naïveté penseront certains. Mais cette absence d’ambition trop haute, cette envie de vivre simplement et de s’émerveiller devant les petites choses de la vie : la beauté d’un paysage, le jeu d’un enfant, est quelque chose qui me tient à cœur et que je retrouve dans cet ouvrage.

Je vous propose maintenant d’entrer plus précisément dans le recueil, pour que vous sachiez un petit peu plus nettement de quoi cela parle.

La première nouvelle intitulée « Une vie de peintre » dépeint la vie du frère de Walser. Il en dresse un portrait chaleureux, doux. Il essaie de rentrer dans son intériorité, dans ses doutes. Sa pauvreté, son statut incertain d’artiste et ses amours. La seconde et la troisième nouvelles sont mes préférées : « Récit de voyage » et « Étude d’après nature ». L’auteur nous emmène dans ses excursions, nous fait part de ses ressentis face à ce qui l’entoure. Il montre à quel point sa solitude de voyageur le rend attentif à ce qui l’entoure, et le rend heureux, comblé. Même lorsque ses rêveries le troublent et l’emmènent sur le terrain de la nostalgie et des doutes. Vient ensuite « La promenade » dans laquelle l’écrivain fait interruption de manière beaucoup plus soutenue tout le long du récit puisqu’il parle en fait d’une de ses journée-type. «Le portrait du père », ensuite, est une touchante nouvelle où sept enfants prennent la parole à la mort de leur père. Ils le décrivent, lui et sa vie et en tirent des leçons. La simplicité, la bonté du père apparaît de manière très claire, les narrateurs l’admirent. On retrouve encore ce thème cher à Walser : une vie simple mais heureuse qui bien qu’elle n’ait rien d’admirable, suffit au bonheur. Enfin « Hans » met en scène un jeune rêveur qui, comme Walser, passe son temps à se promener. A imaginer, à penser. Mais ce bonheur simple qu’il revendique et qu’il semble vivre est bientôt mis en péril par la guerre. Le jeune homme abandonne alors ses rêves et doit répondre au sens du devoir et s’enrôler en tant que soldat.

Cette lecture est susceptible d’ennuyer de nombreux lecteurs dans le sens où il ne s’agit pas d’un roman d’aventure ou d’action qui vous tient en haleine. C’est un texte introspectif qui apparaît au premier abord très superficiel. En effet, l’auteur semble ne pas parler de grand chose à première vue mais, il met en valeur une vision de la vie, une manière d’être au monde qui a trouvé écho en moi c’est pourquoi je voulais vous la partager. La traduction est vraiment très belle et poétique. Je vous le conseille mille fois si, comme moi, vous êtes des amoureux de la nature et de la poésie !

L.H

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